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Germaine
Edmond About1857
A MADAME LA PRINCESSE SOPHIE SCHAHOFFSKOY N’E MOD’NE HOMMAGE DE TR’S RESPECTUEUSE AMITI’
I - LES “TRENNES DE LA DUCHESSE.
Vers le milieu de la rue de l'Universit—, entre le num’ro 51 et le 57, on voit quatre h’tels qui peuvent compter parmi les plus beaux de Paris. Le premier appartient — M. Pozzo di Borgo; le second, au comte de Mailly; le troisi’me, au duc de Choiseul; le dernier au baron de Sangli—. C'est celui qui fait l'angle de la rue Bellechasse.
La loge du suisse est — gauche, cach’e sous un lierre —pais o’ les moineaux et les portiers babillent — l'unisson. Au fond de la cour — droite, un large perron, abrit’ sous une marquise, conduit au vestibule et au grand escalier. Le rez-de-chauss’e et le premier sont occup’s par le baron tout seul; il jouit sans partage d'un vaste jardin born’ par d'autres jardins, peupl’ de fauvettes, de merles et d'—cureuils qui vont de l'un chez l'autre en pleine libert—, comme s'ils —taient habitants d'un bois, et non citoyens de Paris. Les armes des Sangli—, peintes — la cire, se r’p—tent sur tous les murs du vestibule. C'est un sanglier d'or sur champ de gueules.
L'—cusson est support’ par deux l’vriers et surmont’ d'un tortil de baron avec cette l’gende: SANG LI’ AU ROY. Une demi-douzaine de l’vriers vivants, group’s suivant leur fantaisie, s'agacent au pied de l'escalier, mordillent les v’roniques en fleur dans les vases du Japon, ou s'aplatissent sur le tapis en allongeant leur t’te serpentine. Les valets de pied, assis sur des banquettes de Beauvais, se croisent solennellement les bras, comme il convient — des gens de bonne maison. Le 1er janvier 1853, vers les neuf heures du matin, tous les domestiques de l'h’tel tenaient sous le vestibule un congr’s tumultueux. L'intendant du baron, M. Anatole, venait de leur distribuer leurs —trennes.
Le ma’tre d'h’tel avait re’u cinq cents francs, le valet de chambre deux cent cinquante. Le moins favoris’ de tous, le marmiton, contemplait avec une tendresse inexprimable deux beaux louis d'or tout neufs. Il y avait des jaloux dans l'assembl’e, mais pas un m’content, et chacun disait en son langage que c'est plaisir de servir un ma’tre riche et g’n—reux. Ces messieurs formaient un groupe assez pittoresque autour d'une des bouches du calorif’re. Les plus matineux avaient d’j’ la grande livr’e; les autres portaient encore le gilet — manches, qui est la petite tenue des domestiques. Le valet de chambre —tait tout de noir habill—, avec des chaussons de lisi’re; le jardinier ressemblait — un villageois endimanch—; le cocher —tait en veste de tricot et en chapeau galonn—; le suisse, en baudrier d'or et en sabots.
Le ma’tre dormait jusqu'— midi, en homme qui a pass’ la nuit au club: on avait bien le temps de se mettre — l'ouvrage. Chacun faisait d'avance emploi de son argent, et les ch’teaux en Espagne allaient bon train. Tous les hommes, petits et grands, sont de la famille de Perrette qui portait un pot au lait.
“Avec —a et ce que j'ai de c’t—, disait le ma’tre d'h’tel, j'arrondirai ma rente viag’re. On a du pain sur la planche, Dieu merci! et l'on ne se laissera manquer de rien sur ses vieux jours.
“C'est une id’e, —a, monsieur Ferdinand, repartit le marmiton.
Portez-lui donc mes quarante francs, quand vous irez. —
Le valet de chambre r’pondit d'un ton protecteur: “Est-il jeune!
Qu'est-ce qu'on peut faire — la Bourse avec quarante francs?
“Allons, dit le jeune homme en —touffant un soupir, je les mettrai — la caisse d'—pargne! —
Le p’re Altroff, suisse de profession, Alsacien de naissance, grand, vigoureux, ossu, pansu, large des —paules, —norme de la t’te, et aussi rubicond qu'un jeune hippopotame, sourit du coin de l'oeil et fit avec sa langue un petit bruit qui valait un long po’me.
Le jardinier, fine fleur de Normand, fit sonner son argent dans sa main, et r’pondit — l'honorable pr’opinant: “Allais, marchais! ce qu'on a bu, on ne l'a plus. Il n'est tel placement qu'une bonne cachette dans un vieux mur ou dans un arbre creux. Argent bien enfouie, les notaires ne la mangent point! —
Au plus fort du tumulte, une petite porte s'ouvrit sur l'escalier, entre le rez-de-chauss’e et le premier —tage. Une femme, v’tue de haillons noirs, descendit vivement les degr’s, traversa le vestibule, ouvrit la porte vitr’e et disparut dans la cour.
Le premier qui se remit fut le valet de chambre, un esprit fort.
“Sapristi! cria-t-il, j'ai cru voir passer la mis’re en personne. Voil’ mon jour de l'an g’t’ d’s le matin. Vous verrez que rien ne me r’ussira jusqu'— la Saint-Sylvestre. Brrr! j'ai froid dans le dos.
“Pauvre femme! dit le ma’tre d'h’tel. —a a eu des mille et des cents, et puis voil—! Qui est-ce qui croirait que c'est une duchesse?
“C'est son gueux de mari qui lui a tout mang—.
“Un joueur!
“Un homme sur sa bouche!
“Un coureur qui trotte du matin au soir, avec ses vieilles jambes, — la suite de tous les cotillons!
“C'est pas lui qui m'int’resse: il n'a que ce qu'il m’rite.
“Sait-on comment va Mlle Germaine?
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