Opening excerpt
Anie
Hector Malot1891
Chaberton, directeur. — Qu'on tourne le bouton de cette porte, ainsi qu'une inscription invite — le faire, et l'on est dans une vaste pi’ce partag’e par cages grill’es, que divise un couloir central conduisant au cabinet du directeur; un tapis en caoutchouc (B.S.G.D.G.) va d'un bout — l'autre de ce couloir, et par son amincissement il dit, sans qu'il soit besoin d'autres indications, que nombreux sont ceux qui, happ’s par les engrenages du brevet d'invention, engag’s dans ses laminoirs, passent et repassent par ce chemin de douleurs, sans pouvoir s'en —chapper, et reviennent l’ chaque jour jusqu'— ce qu'ils soient hach’s, broy’s, r’duits en p’te et qu'on ait exprim’ d'eux, au moyen de traitements perfectionn’s, tout ce qui a une valeur quelconque, argent ou id’e.
En g’n—ral les clients du matin n'appartiennent pas — la m’me cat’gorie que ceux du milieu de la journ’e ou du soir.
--S'il faut prendre un brevet en Angleterre? dit M. Chaberton r’pondant — leurs questions; non seulement en Angleterre, mais aussi en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Europe, en Asie, en Am’rique, partout o’ la l’gislation protectrice des brevets a p’n—tr—. Sans doute la d’pense peut —tre g’nante, alors surtout qu'on s'est —puis’ dans de co’teux essais; mais ce n'est pas quand on touche au succ’s qu'on va le laisser —chapper.
--Voyez Mr Barincq! Voyez Mr Spring! Voyez Mr Jugu.
Et le client admis dans la cage de celui — qui on le confie s'int’resse, ravi, — voir Mr Barincq, le dessinateur de l'office, traduire sur le papier les id’es plus ou moins vagues qu'il lui explique, ou Mr Spring pr’parer devant lui les pi’ces si importantes des patentes anglaises; car, dans l'Office cosmopolitain, on op’re sous l'—il du client; c'est m’me l’ une des sp’cialit’s de la maison, gr’ce — Mr Spring qui —crit avec une —gale facilit’ le fran’ais, l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol, ayant roul’ par tous les pays avant de venir —chouer boulevard Bonne-Nouvelle; et aussi, gr’ce — Mr Barincq qui sait en quelques coups de crayon b’tir un rapide croquis.
--C'est ce que je fais, monsieur.
En effet, post’ dans l'embrasure d'une fen’tre, le gar’on de bureau ne quittait pas des yeux la chauss’e, qu'il d’couvrait au loin jusqu'— la descente du boulevard Montmartre, son regard passant librement — travers les branches des marronniers et des paulownias qui commen’aient — peine — bourgeonner.
Cependant le client, sans l’cher M. Chaberton, man’uvrait de fa’on — lui barrer le passage.
--T’chez donc, disait-il, de m'obtenir cinq mille francs de MM. Strifler; ils gagnent plus de cinq cent mille francs par an avec mes brevets; ils peuvent bien faire cela pour celui qui les leur a vendus.
--Ils r’pondent qu'ils ont fait plus qu'ils ne devaient.
--Ce n'est pas — vous qu'ils peuvent dire cela; vous qui avez vu comme ils m'ont saign’ — blanc; qu'ils m'abandonnent ces cinq mille francs, et je renonce — toute autre r’clamation; c'est plus d'un million que je sacrifie.
--Monsieur Barincq, interrompit le directeur, o’ en est votre bois pour le journal?
--J'avance, monsieur.
--Il faut qu'il soit fini ce soir.
--Je ne partirai pas sans qu'il soit termin—.
Mr Chaberton se dirigea vivement vers la porte, accompagn’ de son client, et le silence s'—tablit dans les bureaux, comme si les employ’s attendaient un retour possible, quelque invraisemblable qu'il f’t.
--Emball—, le patron! cria Barnab’ rest’ — la fen’tre.
Mais tout — coup il poussa un cri de surprise.
--Qu'est-ce qu'il y a?
--Le vieux Rufin monte avec lui pour le raser jusqu'— la gare.
Alors, instantan’ment, au silence succ’da un brouhaha de voix et un tapage de pas, que dominait le chant du coq, pouss’ — plein gosier par l'employ’ charg’ de la correspondance.
--Taisez-vous donc, monsieur Belmani’res, dit le caissier en venant sur le seuil de la pi’ce qu'il occupait seul, on ne s'entend pas.
--Tant mieux pour vous.
End of the opening
The full book continues with a subscription. We are setting the last titles now — the reader opens soon.
The reading room