Opening excerpt

Aimer quand même

Henry Gréville1882

AIMER QUAND M’ME

Jean de La Br’te

I

Bernard C’bronne, fils d'un chirurgien qui avait eu ses heures de c’l—brit—, et lui-m’me m’decin —minent, traversait un soir de mai le jardin du Luxembourg. Absorb’ dans une r’verie, il regardait distraitement les vieux arbres, t’moins de tant de vieilles choses, les fleurs de printemps plant’es — profusion dans les massifs, toutes les beaut’s nouvelles qui rajeunissaient les grandes all’es.

C'—tait un de ces soirs doux et paisibles, o’ les promesses de la terre refleurie excitent les bons espoirs, calment les pens’es douloureuses, o’ le bien semble —maner de la nature enti’re, o’ rien ne fait pr’voir le mal.

La r’ponse leur e’t —t’ donn’e si, le voyant s'arr’ter devant des jacinthes magnifiques, ils l'avaient entendu murmurer: “Elle les aime... ces fleurs lui rappellent une —poque heureuse de sa vie. Pauvre enfant! —

Il s'assit sur un banc et s'absorba dans ses pens’es jusqu'au moment o’ il se sentit frapp’ sur l'—paule.

“Ah! c'est toi enfin, Henri! Il y a une demi-heure que je t'attends, dit-il au nouveau venu en lui serrant la main.

De vieille famille parlementaire, avocat de talent, M. des Jonch’res —tait li’ depuis son enfance avec le docteur C’bronne.

“Quoi! c'est toi qui r’ves si profond’ment, Bernard?

“Je r’ve, oui! Cela t'—tonne chez un homme de travail et d'action.

“Elle est venue... Voil’ pourquoi je t'ai pri’ de me rejoindre ici.

“Eh bien?

“Eh bien, dit M. C’bronne, passant son bras sous celui de son ami et marchant lentement avec lui, eh bien, dans une heure j'aurai demand’ la main de Mlle Gertrude Depl’mont.

“Depl’mont? r’p—ta M. des Jonch’res, je ne vois pas ce nom dans tes relations.

“Non... ce ne sont pas des relations mondaines. Il y a cinq mois, Mme Depl’mont est tomb’e gravement malade, un de mes clients que je soigne depuis dix ans, parent de ces dames, m'a appel’ aupr’s d'elles.

“Et alors?

“La femme qu'on aime est toujours id’ale, r’pliqua en riant M. des Jonch’res.

“Plus ou moins, Henri... et celle-ci a fait ses preuves dans le malheur.

“Dans le malheur... quel malheur?

“Ce sont des femmes du monde ruin’es. D'apr’s un mot de leur ami, M. Depl’mont ne valait pas cher.

“Elles sont de Paris?

“Non, de province. Il y a cinq ans qu'elles se sont install’es ici et travaillent pour vivre; elles n'ont, en effet, qu'une rente viag’re de quinze cents francs que leur a laiss’e une parente.

“Hum! ce sont de bien minces renseignements pour une d’marche aussi grave...

L'avocat fron’ait les sourcils d'un air m’content.

“Dr’le de mariage! Bien au-dessous de ta position.

“Si tu voyais mesdames Depl’mont, tu changerais d'avis.

“Elles peuvent —tre charmantes, mais...

“Mais, interrompit le docteur C’bronne, je me suis mari’ une premi’re fois d'apr’s toutes les convenances mondaines, et j'ai —t’ assez malheureux pour ne recommencer qu'— bon escient.

“Pourquoi?... Mme Depl’mont me dira la v’rit—, quelle qu'elle soit. Mais serai-je accept—? Quels sont les sentiments de Gertrude?

“Tu crois que des femmes, dans une situation aussi pr’caire, refuseront une pareille aubaine? s'—cria M. des Jonch’res.

“Une pareille aubaine! r’p—ta Bernard m’content. Ce n'est pas — ce bas point de vue qu'elles envisageront ma demande. Nous n'avons pas affaire — des femmes vulgaires.

“Une fille sans relations, dans une situation peut-—tre tr’s fausse si son p’re a fait quelque grosse sottise...

“Si je le sais! interrompit M. des Jonch’res. Je sais aussi que la sympathie qui t'accueille partout n'a jamais —t’ plus m’rit’e; je sais que...

“Je ne te demande pas de compliments, dit C’bronne, secouant en riant le bras de son ami. Mais, pour conclure, cette position solide, ma fortune personnelle et mon travail me permettent de me marier comme je l'entends.

“C'est certain... et je ne te dis pas de penser — un mariage vaniteux, mais entre cela et une union comme celle dont tu parles, il y a loin.

“R’flexion digne de toi, r’pondit M. des Jonch’res. Mais cet aper’u philanthropique ne doit rien d’cider.

“C'est l'amour qui d’cide, r’pliqua Bernard en souriant. Toutefois, mon c’ur bat de joie — l'id’e de l'entourer du bien-—tre dont la ruine l'a priv’e, et de mettre — sa port’e tous les moyens de suivre les penchants g’n—reux de sa belle nature, que je connais bien!

Coming soon

End of the opening

The full book continues with a subscription. We are setting the last titles now — the reader opens soon.

The reading room